Histoire de notre confinement : du Colorado au Kansas

Je sais, c’est l’histoire d’un confinement et vous en avez raz-le bol des confinements et des histoires de confinement. Pourtant, j’ai besoin de reprendre ce soir mon blog que j’ai délaissé depuis trop longtemps pour raconter ce qui s’est passé. Rien ne s’est déroulé comme cela aurait du se passer, mais je pense que cela doit être le cas pour bon nombre d’entre vous. J’ai vu cela de loin en pensant que cela ne nous atteindrait pas. J’avais le lointain souvenir du SARS en 2003. Nous étions à Taiwan, et nous entamions nos derniers mois de présence sur l’île. Rien ne s’était aussi passé comme cela aurait du se passer. Nous avions fini par quitter l’île comme prévu car c’était la fin de notre contrat d’expatriation. Juste à ce moment-là, Taiwan reprenait vie : le pic de l’épidémie était passé.

Revenons à mars 2020

Nos vacances de printemps, je les attendais avec impatience. C’est toujours comme cela : entre le début janvier et les vacances de printemps, il se passe 2 mois et demi. Les mois d’hiver sont éprouvants avec des températures très froides, des tempêtes et l’attente surtout de ces vacances. Début mars, elles se rapprochent. Mais en même temps, la menace de l’épidémie aussi. Le samedi 7, je renonce à aller écouter un candidat qui passe à Kansas City, car je me dis d’instinct, que ce n’est peut être pas le meilleur moment d’aller prendre un bain de foule et que je risque de le regretter. La menace se rapproche. Manque de bol, je suis malade le lendemain. Enorme rhume qui ressemble à une grippe avec une otite qui pointe. Je veux me rétablir au plus vite car le vendredi, je dois prendre la route, traverser le Kansas et la moitié du Colorado et rejoindre mon mari qui lui arrivera en avion de la Californie, où il travaille. 10h de route droite devant moi… et 2 arrêts Starbucks sur la route pour tenir le coup. Le voyage est donc rythmé par ma dose de caféine et les pleins d’essence, sans oublier la neige qui tombe.

Au bout de 9h de route, les montagnes apparaissent, la fin n’est pas loin pour notre première étape à Denver. Nous devons y passer la nuit ….

Sauf que 20 mn avant l’arrivée, un signal m’indique qu’un pneu n’a plus la pression : nous avons crevé. Je me mets sur le côté. Il fait un froid de canard et le vent souffle. Nous sommes vendredi 13 !  Bref, après plus d’une heure d’attente d’un dépanneur (merci AAA : à ne jamais partir sans), nous voilà arrivés à l’hôtel.

Le samedi, nous faisons réparer le pneu et nous reprenons la route en début d’après midi. Cette fois-là, je ne conduis pas, et, il ne nous faut que 1h30 de route avec un passage d’un col à 3500 m d’altitude. Presque à l’arrivée, nous faisons les courses dans le village d’avant : Frisco et nous arrivons tranquillement vers 4h30 dans l’appartement que nous avons réservé, trop contents d’avoir enfin atteint notre destination.

Sauf que … sauf que à 5h, nous apprenons, que TOUTES LES STATIONS DE SKI FERMENT leurs portes …. gros coup de massue sur la tête. Grosse déconvenue … des amis qui devaient nous rejoindre, étaient en passe de partir .. ils l’apprennent quasiment en même temps que nous. Ils ne prennent donc pas la route pour nous rejoindre. Nous apprenons alors qu’il y a des cas à Frisco et que le county (le comté) est mis en état d’alerte.

On essaye de le prendre cool. On descend au village de Breckenridge pour faire une course. Notre souffle est court car nous sommes à 2900 m d’altitude. On y apprend alors que tous les magasins ferment aussi le soir même. On a vraiment le coeur lourd. On remonte en se disant qu’on ne va pas partir tout de suite. Qu’on est à la montagne et qu’on va essayer d’en profiter. Le lendemain, nous allons louer des raquettes.

Photo de l’an dernier

Le lundi, grosse balade en raquette : entre 3200 et 3400 m d’altitude, je souffle.. mais qu’est ce que cela fait comme bien. On se dit, qu’on va partir mercredi. Jeudi, la neige est annoncée. Lundi matin, nous apprenons que le Colorado nous demande de partir de toute façon le jeudi : la station doit être évacuée. Les restaurants ferment d’ailleurs le soir même pour éviter les débordement de la Saint Patrick. Ça me crève le coeur car d’habitude, on entend de la musique irlandaise sur les pistes toute la journée. Désormais nos seuls contacts avec une personne se fait avec la personne de l’accueil. Nous sommes la dernière famille à rester dans le complexe.

raquette à Breckenridge

Lundi, on apprend aussi que l’état du Kansas demande à tout ceux qui rentrent de voyage et principalement du Colorado, (Summit County) de se mettre en quarantaine volontaire pendant 14 jours. On réalise alors que c’est vraiment sérieux.

Le mardi 17, nous apprenons que le gouverneur du Kansas vient de décider de fermer toutes les écoles du Kansas jusqu’à la fin de l’année scolaire. C’est le premier état à prendre une telle décision. De votre côté en France, le confinement vient de commencer. j’ai suivi cela de près car ma fille Amy s’est repliée en France chez un neveu. J’ai eu l’impression de vivre la débâcle. La dernière décision de l’état du Kansas me fait l’effet d’un coup de massue sur la tête. Je réalise alors que nous partons pour 5 mois sans école. Ma fille, LiMing devait passer là, ses derniers mois de scolarité. Cette période est riche en événements : banquet, bal de prom … graduation … tout cela vient de disparaitre d’un seul coup.

Nous profitons encore un jour d’aller nous balader dans la nature en raquette. C’est en fait magnifique. Nous découvrons la station, comme nous ne l’avions jamais vue.

Mercredi nous plions bagage. Nous avons le coeur gros. Nous avons prévu de faire la route d’une traite : c’est plus facile à la descente et dans ce sens-là. Sauf que je ne sais pas ce qui m’arrive mais en mettant mes lentilles le matin, je sens une brulure. Je me dis que cela va passer. Je suis gênée mais sans plus. Sauf que la douleur s’intensifie et que je finis par avoir franchement mal à l’oeil. Celui-ci pleure. Je suis incapable de garder les yeux ouverts. La douleur est supportable en les fermant. Au fin fond du Kansas, à un arrêt, nous trouvons un Walmart ouvert. Je cours à l’intérieur avec des lunettes de soleil et je trouve un collyre et une lotion. La douleur est moins intense mais je continue à pleurer en silence en me demandant ce qui se passe. Je ne peux pas conduire pour relayer mon mari. Nous arrivons enfin tard le soir après un minimum d’arrêts. La nuit apaise mon oeil. Pas question d’aller chez le médecin, d’ailleurs celui-ci me fait comprendre qu’il ne peut pas me recevoir car je reviens du Colorado. Nous commençons alors notre période de confinement stricte.

Trois de mes amies me proposent de me ramener des courses durant ces 14 jours. Elles me déposent les courses devant leur garage et nous discutons à 5 m de distance. j’avais fait quelques provisions avant de partir : en fait, ça s’était un peu fait par hasard : je devais passer à Costco pour acheter un ou deux trucs. Mais ce que j’avais découvert alors, était une foule considérable avec des caddies bourrés à craquer. Nous étions le jeudi avant notre départ. J’avais alors essayé d’anticiper pour acheter des choses dont je pourrais avoir besoin en rentrant… j’avais bien fait du coup.

Les mesures de confinement au Kansas ?

La ville de Kansas City qui se trouve côté Missouri, en concertation avec les counties qui l’entourent (donc à cheval sur le Missouri et le Kansas, décident d’abord un Stay at home order. Puis quelques jours après, c’est l’état du Kansas qui le généralise. L’état du Missouri ne le décide pas encore. Seuls quelques counties des grandes villes l’ont ordonné. Les gens n’y croient pas tellement. Notre maison donne sur un chemin et sur le chemin, je vois passer pas mal de gens. Au départ, je vois des groupes et puis au fil des jours, il y a moins de monde.

Au bout de 14 jours, je peux enfin sortir pour aller faire moi même mes courses : j’ai besoin de voir ce qu’il y a dans les magasins. Quelques étagères sont vides. Il manque quelques trucs mais dans l’ensemble c’est ok.

Mon mari est donc rentré au Kansas avec nous, et sa boite en Californie ordonne rapidement le télétravail. De toute façon, il ne peut pas rentrer en Californie : l’état de Californie est mis en état d’urgence et en confinement total.

Nous nous organisons alors vite. La maison est suffisamment grande pour nous improviser 2 bureaux. Les enfants, eux attendent les instructions de leurs profs. Voilà.

Ce qui a été le plus douloureux est d’apprendre que les écoles ne ré-ouvriraient pas.

C’était comme si tout devenait réel. Une ambiance de fin du monde avec aussi à suivre ce qui se passait à Montreal et en France où se trouvent respectivement mes deux filles aînées. Les journées sont rythmées par le travail. J’en ai eu pas mal ces derniers temps.

Les gens, ici, oscillent entre insouciance et résignation. Certains n’y croient pas. Il est vrai que le discours officiel a été assez cacophonique au début. Chez nous, ce sont finalement les autorités locales qui ont pris les devants. Notre gouverneur a été accusée d’en faire trop. Mais je crois que peu à peu les gens commencent à comprendre. Sauf pour le dimanche de Pâques, où certaines églises ont voulu absolument ouvrir leurs portes. Leurs requêtes ont finalement été refusées au dernier moment par la Court Suprême. (actualisation : un juge fédéral vient de revenir sur cette décision).

Pour certains c’est vraiment dur : à travers la rue, mon voisin m’a dit qu’il était en train de perdre son entreprise. Pour les commerces non essentiels, ils essayent de faire des livraisons, ou des curb side pick-up : on vient chercher les livraisons devant la porte des commerces. C’est ce que j’ai fait pour mes chocolat de Pâques. Pratiquement tous les restaurants sont ouverts et on peut aussi venir prendre les repas au drive through. Mais combien vont résister ? En 3 semaines, 22 millions de personnes se sont enregistrés sur les listes de chômage.

Voilà, chronique d’un confinement. On ne sait pas quand cela se termine. Nous attendons les décisions locales : l’état du Kansas a prolongé l’ordre de confinement mais il nous faut attendre en fait de voir ce qui se passera au niveau locale car étant le comté le plus peuplé de l’état et surtout faisant partie de la banlieue d’une plus grande ville, c’est à ce niveau-là, qu’il nous faut attendre une décision. Le Maire de Kansas City a déclaré la ville en confinement jusqu’au 15 mai.

Pas sûr que les gens acceptent de continuer le stay at home order…

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