Les enjeux de l’expatriation – rêver et vivre la réalité

10 ans, cela fait 10 ans que nous sommes expatriés aux Etats-Unis. Mais devrais-je dire encore expatriés alors que nous sommes en fait devenus américains, il y a près de 4 ans ? Certains diront plutôt que nous sommes des immigrants. Anyway ce n’est pas encore le sujet de cet article. En fait, je voulais écrire cet article pour expliquer le pourquoi de notre expatriation. Pourquoi avons nous décidé de nous expatrier ? Qu’est ce qui nous a motivé à nous expatrier ?

J’écris cet article, car on m’a demandé d’intervenir lors du Salon S’expatrier Mode d’emploi qui aura lieu le Mercredi 3 avril. Ne me cherchez pas dans les rangées du salon, je n’y serai pas : c’est par Facebook live, que j’interviendrai vers 16h !

Alors pourquoi sommes nous partis en expatriation ?

Comment décrire cet appel et cette sensation que c’était écrit dans mes gènes de vouloir partir ? Mes aïeux étaient déjà de grands voyageurs et dans une partie de ma famille, de mère en fille, elles étaient parties arpenter des terres nouvelles. Mon arrière grand-mère était née en Egypte, et la légende familiale dit qu’elle avait passé une bonne partie de sa vie à Madagascar pour arriver au Maroc. Ma grand-mère était née à Marseille mais avait passé une bonne partie de sa vie au Maroc, où elle avait rencontré mon grand-père. Ma mère y était d’ailleurs née. Alors autant vous dire, que je ne rêvais que d’une chose, c’était partir pour découvrir un autre monde. Ca tombait bien mon mari aussi avait cela dans le sang. Nous avons saisi chaque opportunité, les unes après les autres.

Un retour au Maroc, jeune marié et sans enfant, puis le retour et quelques 3 ans plus tard, un départ pour 3 ans et demi à l’autre bout du monde : Taiwan. Le choc des cultures et de la vraie expatriation. Notre premier départ au Maroc était dans le cadre du service civil de mon mari, le second départ à Taiwan était dans le cadre de son entreprise. On ne réalise pas au départ, ce que cela implique, c’est bien plus tard, qu’on réalise.

Pour Taiwan, nous partions avec de jeunes enfants. La scolarité des enfants n’était pas un problème, ils étaient petits, et l’école française était payée par la boite, tout comme le retour en France annuel. Alors on prenait notre mal en patience en s’accommodant de notre sortie de notre zone de confort et en profitant de vacances paradisiaques à Bali et même en Australie. La communauté expatriée était  petite mais chaleureuse et accueillante. Le choc à l’arrivée avait été rude, nous étions devenus analphabètes dans un pays radicalement opposé à ce que nous connaissions. Et puis peu à peu, nous nous y sommes fait. Le départ a été douloureux comme tout départ, d’autant plus que la crise du SRAS (syndrome respiratoire aigüe : épidémie virale qui a eu lieu en 2003 et qui avait paralysé l’Asie) avait précipité le départ de bon nombres d’amis et l’ambiance avait été surréaliste. Pour nous, le départ était déjà prévu depuis longtemps.

Retour 5 ans en France, avec plusieurs faux espoirs pour un éventuel départ. C’est finalement en 2008, au milieu de l’année scolaire, que nous avons été envoyés aux US, dans la Baie de San Francisco. C’était il y a plus de 10 ans. Nous partions encore avec un statut d’expatrié, même si les conditions n’étaient plus les mêmes. Tout n’était pas payé et rapidement, il a fallu se faire à :

  • l’assurance santé qui n’avait rien à voir avec celle utilisée à Taiwan : tout était à notre charge.
  • au fait que les écoles privées françaises n’étaient pas pris en charge par l’entreprise et à raison de 25 000$ l’année, c’était un luxe que nous n’avons pas pu assumer.

Et puis, en 2011, nous avons fait le grand saut : mon mari a quitté son job et la sécurité d’un emploi rattaché à une boite française pour une position dans une boite américaine, mais pas n’importe où ! à Kansas City. Un second choc culturel aux USA. Le premier avait été soft, finalement, le second a été hard. Se retrouver en plein centre des US, sans connaître personne, avec en plus, aucune école française, et pas de structure d’accueil francophone.

Alors l’expatriation c’est bien ou c’est pas bien ?

L’expatriation, oui c’est bien, il y a beaucoup d’avantages, beaucoup, de découvertes, de voyages, de rencontres … mais chaque expatriation est différente. Les conditions font beaucoup, l’endroit aussi et surtout son propre état d’esprit. N’est pas super expat qui veut.

Il y a celui qui vient pour son travail et il y a ceux qui suivent .. les enfants qui eux, iront à l’école et il y a la fameuse femme d’expat, dont le statut colle à la peau. Il y a un équilibre à trouver, une identité à se créer. Ca peut être un nouveau départ pour beaucoup, ça peut être une source de difficultés pour d’autres.

On ne mesure pas tous les avantages pour les enfants : apprentissage d’une langue nouvelle, ouverture à une autre culture… Allez, je peux vous lister tous les avantages et bénéfices que chacun a trouvés dans une expatriation.

Mais la vie rêvée des expat est-elle si idyllique et si parfaite que cela ?

Assurément, on a les mêmes galères, les mêmes problèmes que les autres et c’est parfois amplifié dans un pays étranger, où finalement on ne comprend pas tout et on a moins de soutient. L’administration locale est parfois un casse-tête, on est étrangers, il n’y a pas d’orthophonistes, pas de psychologues, on ne parle pas forcément la langue, le système de santé est différent…

La famille est loin et les amis restés au loin se compte rapidement sur les doigts d”une main après toutes ces années passées très loin. Gérer le fil des ans au loin, ce ‘est pas toujours facile : les mariages, les naissances, et parfois les deuils : tout cela à distance, c’est souvent un grand pincement au coeur. On finit par vivre avec.

On ne mesure pas non plus tous les inconvénients : vivre en marge de son propre pays, vivre en marge de son pays d’accueil. Vivre finalement une vie entre deux avec parfois des enfants qui sont perdus aussi, surtout quand ils sont dans une école locale. C’est être en décalage total avec ce qui se passe dans son propre pays et ne pas accorder la même importance aux événements qui filent. C’est vrai que de mon côté, maintenant, c’est la radio américaine que j’écoute et la presse locale que je lis. Au fil du temps, on change, on relativise certaines choses, on est affecté différemment.

Mais la vie d’expat, c’est aussi un formidable moyen de se réaliser

Et dans cette trajectoire qui semblait toute tracée d’avance, à travers cette vie d’expat, c’est aussi une façon de rencontrer de nouvelles personnes que l’on n’aurait pas rencontré forcément dans notre train-train franco-français.

Ce brassage multi-culturel est aussi un sacré défi qui permet de se remettre en question. En m’expatriant, et en étant partie plus de 10 ans maintenant, j’ai envoyé promener pas mal de préjugés, pas mal de convenances et d’obligations et je me suis construite en dehors de pas mal de carcans. Je suis sortie de mon moule, je n’ai peut-être pas eu la carrière que j’aurais du avoir, mais finalement, j’ai appris bien plus : j’ai appris à me connaître et à savoir ce qui est bon pour ma famille et pour moi. Ca ne s’est pas fait du jour au lendemain, mais c’est en saisissant des opportunités et en étant confrontée à une zone hors confort que je me suis adaptée. Internet a beaucoup aidé, mais c’est aussi et surtout un cheminement personnel qui m’a conduit là où j’en suis !

Bref, l’expatriation un vrai défi ?

Oui l’expatriation est un défi pour chacun ! Une sortie de zone de confort dans laquelle il faut s’adapter. S’adapter mais pas au prix de se perdre, s’adapter en gardant en vue que cela ne doit pas juste être une parenthèse. Les années filent et ne se remplacent pas.

L’expatriation est un passage et il ne faut pas perdre de vue que son avenir se construit aussi en prévoyant ce que demain sera.


Retrouvez moi le mercredi 3 avril à 16h en live sur la page S’expatrier Mode d’emploi

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J’en profite aussi pour vous rappeler la Grande enquête de Expat Communication : ICI

Expat.com est partenaire et récemment, ils m’ont interrogée : ICI

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