Elections Américaines : pourquoi je n’en parle pas !

Ben, oui, j’ai vu que certains commençaient à parler des élections américaines et moi je me sens incapable d’en parler vraiment, tant je suis, en fait, dans le sujet et tant, j’ai compris qu’il ne fallait surtout pas en parler autour de nous. Il y a 4 ans, j’étais déjà au Kansas et je vous avais fait part de la façon d’aborder le sujet : article de 2012 : Parler des élections avec les américains. Cette année, ce sera encore plus accentué, vu le climat surréaliste qui règne autour de ces primaires américaines. Et il y a 8 ans, nous avions débarqué dans la Baie de San Francisco, quelques jours avant l’élection de Barack Obama. Pour cette année 2016, c’est quand même la grande nouvelle : nous pouvons voter, étant devenus citoyens américains l’an dernier en juillet.

Elections ahead - shutterstock
Elections ahead – shutterstock

Ne pas en parler, pourquoi ?

A vrai dire, je m’étais fixée comme ligne éditorial de ne pas parler politique sur mon blog. Ce silence étant volontaire, cela ne signifie pas que je m’en désintéresse : en fait, il ne se passe pas un jour sans que je lise plusieurs articles de la presse américaine (New York Times, Wall Street Journal, Washington Post, Huffington Post, USA today …. : mon fil twitter m’aide en fait beaucoup…). Mon mari, lui, continue à écouter France Inter, moi, je n’arrive plus à me fixer sur les médias français, je suis scotchée à ma radio dès que je prends la route, je suis toujours au courant de ce qui se passe lors des débats des deux parties et j’enchaîne l’écoute des émissions les unes après les autres. A la limite de l’overdose, voire de la nausée, j’écoute et suis stupéfaite de la tournure des événements. L’émergence d’un candidat ouvertement xénophobe, démagogue et raciste m’a plongée dans des abîmes de tristesse, sur ce pays que j’aime tant et que j’ai adopté. Un clown harrangant les foules à coup de promesses intenables, entretenant l’ambiguité, maniant l’insulte, la moquerie et la dérision, désolée, ce n’est pas pour moi. Mais l’ambiance parait surréaliste quand vous apprenez que les leaders de son parti, se sont ligués contre lui, au point de faire des discours ou de payer des publicités ouvertement contre lui : le monde à l’envers ! Dans ce chaos médiatique, j’ai aussi pris le parti d’aller écouter certains humoristes qui s’en donnent à coeur joie : je suis sure que vous avez entendu parlé de #MakeDonaldDrumpfagain ou du Daily Show !

La primaire a bien eu lieu, chez nous au Kansas, samedi dernier. Nous nous étions inscrits sur les listes électorales, où nous devions déclarer notre parti pour prétendre à voter pour l’une ou l’autre des primaires. Cela ne se passe pas partout pareil dans tous les états.

L'âne et l'éléphant - Shutterstock
L’âne et l’éléphant – Shutterstock

Au Kansas, c’était un caucus, c’est à dire, un procédé assez archaïque pour désigner un candidat : une réunion en fait ou pendant 2 heures, vous discutez et vous ralliez des groupes pour exprimer votre préférence. Malheureusement, ni mon mari, ni moi, n’avons pu y aller : il fallait s’inscrire juste avant et donc cela nous aurait pris toute l’après-midi, et malheureusement, nous avions d’autres obligations à ce moment-là. Les résultats ont été relativement surprenants : une forte majorité pour le candidat Ted Cruz, le sénateur du Texas, hyper religieux, ultra conservateur, côté républicain et le sénateur Bernie Sander, côté démocrate. Il faut dire que ce dernier était venu par deux fois dans les environs, une fois à Kansas City, côté Missouri, et non loin de chez nous, dans un des seuls bastions démocrates du Kansas, à Lawrence. Quant à Donald Trump, il faisait campagne ce jour-là, à Witchitta, ce qui ne l’a pas fait gagner.

Et autour de nous, ça se passe comment ?

Chez nous, c’est le silence et à la fois, un bruit de fond nous parvient malgré tout :

Facebook qui nous révèle que nos premiers très bons amis américains ont liké la page facebook de Trump : gros moment de solitude et d’incompréhension,

L’enthousiasme des jeunes démocrates (lycéens en premier) pour Bernie (juste le prénom) : chez les jeunes, il n’y a pas à dire, dès lors qu’ils sont libéraux (au contraire de conservateurs), c’est Bernie qui l’emporte. Ce vieux bonhomme aux cheveux blancs, parlant un peu comme un robot, est devenu l’idole des jeunes et c’est assez drôle de voir cela.

Les voisins à qui on n’en parle surtout pas…

Les autocollants sur les voitures qui commencent à fleurir, paradoxalement, surtout pour Hillary ou Bernie.

Et une personne rencontrée lors d’une sortie scolaire (je sais qu’elle lit mon blog et elle se reconnaîtra) et qui m’a abordée très franchement sur l’actualité politique. Et là, j’étais vraiment désorientée, étant si habituée à ne surtout pas aborder le sujet avec des américains. Ce jour-là, elle m’a déclaré qu’elle avait très peur que Donald Trump devienne président ; ce jour-là, j’ai vraiment commencé à avoir peur que cela devienne une réalité.

 

7 Comments

  • En France aussi nous sommes très inquiets face à une possible élection de Trump .Nous attendons et espérons un sursaut de bon sens de la part des américains.Un petit espoir ….

    • Il y a 10 mois, un commentateur avait dit : il finira par se saborder lui-même à force de dire des conneries : il a dépassé à de nombreux moments la ligne rouge et sa côte de popularité n’a fait qu’augmenter.

  • Après les évènements qui ont eu lieu le WE dernier à Chicago, je ne peux que partager ton sentiment, c’est désastreux!. Je ne parle que très rarement de politique avec mon entourage, c’est vraiment un sujet sensible je trouve…. En revanche, j’aime bien les articles faits sur les différents blogs sur le fonctionnement de l’élection présidentielle américaine, c’est très intéressant.

  • Hello,

    “il finira par se saborder lui-même à force de dire des conneries”, c’est aussi ce que je me dis, même si je commence sérieusement à avoir peur…
    Merci pour ton article qui en dit long sur ton déchirement et ta vie quotidienne d’américaine face à la politique.

    • merci pour ton commentaire. Oui, on vois grossir la bete et on n’arrive pas à endiguer tout cela : des gens censés parlent et analysent mais cela ne sert à rien. Plus il dit de bétises, plus il a le focus médiatique sur lui et plus les gens le suivent… il a dépassé l’inacceptable depuis longtemps et aurait été condamné en France pour incitation à la haine raciale et apologie de la violence, mais rien n’y fait : il y a une fascination morbide sur lui.

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