School Chronicle : élever ses enfants dans une autre culture …

Entre renoncements et satisfactions .. élever ses enfants dans une autre culture, dans un pays étranger, c’est d’un côté perdre un petit peu de son identité, mais aussi gagner et s’enrichir de la différence.. à condition de ne pas perdre de vue le plus important … sa joie de vivre …

Aux Etats-Unis : élever ses enfants dans un autre culture – dans un autre système scolaire..

Oui, parce-qu’il faudra bien faire un bilan, un jour de cela ..

  • Je n’avais pas tout prévu en partant aux États-Unis.
  • Je n’avais pas prévu que mes enfants ne passeraient pas le bac,
  • Je n’avais pas prévu que nous aurions à choisir une université en dehors de la France,
  • Je n’avais pas prévu que nous aurions tant de mal à garder le français ; je n’avais pas prévu qu’ils finiraient par mieux parler anglais que français… qu’il faudrait me battre pour qu’ils continuent à lire des livres en français,
  • je n’avais pas prévu que j’allais renoncer à beaucoup …
  • Je n’avais pas prévu que notre destin basculait irrémédiablement vers une autre vie. Je le pressentais mais je ne l’avais pas prévu..
bald eagle

 

J’ai dû laisser tomber pas mal de mes principes, de mes certitudes et accepter que les choses soient différentes de ce que j’avais vécu.

J’ai essayé tant bien que mal de transmettre mes valeurs, mes certitudes et mes croyances. Mais être une maman de 4 enfants de 7 à 17 ans dans un autre pays, c’est aussi renoncer à beaucoup, c’est aussi perdre un peu de ses certitudes, bref un peu de soi-même.Élever ses enfants dans une autre culture, (voir en bas, le décryptage en suivant les numéros).

  • c’est ravaler son impuissance face à sa fille qui part en short à l’école alors qu’il fait 0°C, (1)
  • c’est mordre son point quand on voit les feuilles volantes du travail de son fils, et de s’apercevoir, qu’il ne saura jamais tenir un cahier, (2)
  • c’est regretter que ce même fils n’apprenne pas à écrire sur des lignes et en cursives,
  • c’est comprendre qu’il saura mieux situer sur une carte la ville de Topeka au Kansas que Grenoble en France,
  • c’est se lever à 5h du matin pour amener son autre fille à l’entraînement de natation, (3)
  • c’est emmener sa fille aînée essayer sa robe de bal de prom, c’est lui donner son avis pour que le choix ne s’oriente pas vers une robe vert d’eau couverte de perles, (4)
  • c’est passer pour une mère indigne en interdisant la séance cinéma de minuit en semaine, (Midnight premiere), même pour Hunger Game, (5)
  • c’est accepter le rythme effréné de ses propres enfants, (3) tout en essayant de leur faire raison garder…
  • c’est comprendre enfin, comment la lecture en anglais est enseignée, (projet d’article),
  • c’est ne pas saisir à la première volée les enjeux de certains tests, (6)
  • c’est essuyer les revendications de sa fille de 15 ans qui veut faire comme les copines et avoir sa propre voiture, (7)
  • c’est gérer la détresse de sa grande qui à 17 ans et demi n’a pas passé son permis et se sent déjà tellement en porte à faux avec ses copines, (7)
  • c’est essuyer les reproches de ses enfants qui en ont assez d’avoir des parents toujours à la rame, jamais au point ..
  • c’est s’excuser auprès de ces mêmes enfants, d’être justement à la rame et de ne pas saisir du premier coup, l’importance d’une situation,
  • c’est découvrir l’avant-veille, les enjeux de cette même situation,
  • c’est réaliser, que l’on a personne pour vous épauler, pour vous aider à comprendre les enjeux de la High School et de faire ces découvertes en même temps que son enfant, sous l’oeil dubitatif des autres parents.. (hey guys, I’ve never been in an american school ! )..
  • c’est essayer de leur faire comprendre qu’ils peuvent tirer des forces de leurs différences et non des faiblesses,
  • et parfois, c’est aussi la sensation de ne pas avoir été à la hauteur pour épauler son enfant..

Bref .. ce n’est pas simple tous les jours, à vrai dire, c’est un challenge permanent… mais heureusement, le bilan n’est pas négatif, car passé ces moments d’incompréhension, ces moments d’incertitudes et de doutes, c’est aussi avoir l’immense satisfaction de constater que malgré tous ces freins, ils ont réussi à assimiler cette nouvelle culture, comme :

  • de participer au Marching band de l’école, de les voir se produire sur scène avec l’orchestre de leur école, (8)
  • d’être acceptée dans des universités prestigieuses, (9)
  • de réussir à enchaîner d’une langue à l’autre sans hésitation,
  • de parler anglais comme aucun de nous ne l’avons jamais parlé..
  • de voir les yeux de ma puce, briller quand elle nous raconte, comment elle a incarné le personnage de Bill Clinton et a dû débattre face à un de ses camarades de classes qui lui, était Roosevelt, (10)
  • c’est toujours de voir les yeux briller de mon autre puce quand elle raconte ses cours de psychologie, ou de la troisième qui a choisi de présenter aux autres élèves de sa classe, non pas son pays d’origine, mais celui-qui l’a vu naître, Taiwan. (10)
  • et c’est de constater que eux petits français en savent beaucoup plus sur le monde en général, le pays qui les accueille que leurs copains …

C’est aussi finalement, envoyer balader, pour nous parents, pas mal de principes, d’obligations et au milieu de tout cela, essayer de ne garder que le meilleur de chaque culture …

Tous ces petits riens .. toutes ces petites choses qui ont fait de mes enfants des personnages uniques entre deux cultures.. comme beaucoup d’autres, enfants d’expat, enfants d’immigrés, a third culture kid !

Petit décryptage :

(1) : quelque chose d’incompréhensible : le fait que par des températures glaciales, vous trouverez encore des gens en short et en tong..
(2) : dans les petites classes, les enfants n’ont pas vraiment de cahier : mon fils revient tout le temps avec des feuilles volantes. On ne leur apprend pas à écrire petit sur des lignes et même des interlignes.
(3) : voir l’article : the never ending school et vous comprendrez dans quel rythme vivent les enfants ici  !
(4) : le bal de prom c’est pour bientôt : je vous emmène très bientôt suivre ma fille essayer ses robes pour le bal ! choc culturel assuré !

(5) : aux États-Unis, les premières séances de cinéma sont à minuit le jour précédent la sortie officielle .. et il y a foule, même en semaine le jeudi (la sortie des films est le vendredi)… toujours cette anticipation dans tous les événements.
(6) : voir l’article sur les tests ou comment les élèves de fin de high school sont évalués..
(7) : ici, on commence à conduire à 15 ans et à 16 ans, on a sa voiture …
(8) : J’en ai souvent parlé : pas uniquement par fierté (un peu quand même) mais surtout impressionnée par la qualité de l’enseignement de la musique aux États-Unis et de ce que l’on demande aux élèves ! on est proche du professionnalisme..
(9) : on va y arriver .. ma grande puce a été acceptée dans plusieurs universités assez prestigieuses et elle est en waiting list à Tufts  (1300 pris pour 19 000 demandes)..
(10) : Aux États-Unis, les enfants sont dès le plus jeune âge, habitués à se présenter, à présenter leur travail, bref à se mettre en scène. En High school, encore plus : on leur fait jouer des jeux de rôle, où ils doivent se mettre dans la peau d’un personnage et débattre avec d’autres. Durant la période avant les élections, ils avaient souvent des séances de débat en classe pour présenter leurs idées.

Merci de me lire !

21 Comments

  • C’est exactement ce dont on parle en ce moment avec mon cheri (qui ne comprends pas le probleme lui!) et ce qui me fait peur pour plus tard. Dire au revoir a tout ca, ces petits details, l’ecriture cursive qui a completement disparu ici, les copines, les voitures et les decolletes a 15 ans etc… Merci!

    • euh les filles….ici en Ohio, ils apprennent la cursive en 3rd grade et très honnêtement, j’insiste lourdement, mais meme Etienne qui est ici depuis le 1st grade, écrit en cursive tout a fait proprement !! si si je vous assure !…et puis quand ces frayeurs reviennent dans ma tete, le soir vers 23.00, comme ce soir…je me figure les enfants en train de présenter un projet ou en train de débattre en classe…quelle confiance en eux on leur donne ici ! c’est un vrai bonus aussi !

  • Merci d’avoir répondu à mon commentaire – je crois aussi que la différence entre nos blogs est que le mien est en anglais – je devais le faire car mon mari, sa famille et amis ne parlent pas français.

    Votre post montre bien les difficultés et plaisirs d’éduquer les enfants aux E-U. Mon mari est américain et je suis la seule à parler français, donc mes enfants ne le parlent pas. Mes filles maintenant sont adultes mais quand elles allaient à l’école je leur donnais plus de devoirs, plus de livres à lire car je trouvais qu’elles n’apprenaient pas assez – finalement je les emmenais à Atlanta, à the University of Georgia les samedis pour suivre un programme pour « gifted » children quand elles étaient à l’école primaire ! Mais cela a donné de bons résultats, l’une a été acceptée à Johns-Hopkins University à Baltimore et Emory ici et est maintenant médecin neurologue et l’autre est vice-président d’une grande corporation. Je crois d’avoir été élevées dans deux cultures, elles ont appris plus que les autres enfants. Je suis sûre que c’est pareil pour les vôtres. (Si je fais des fautes pardonnez-moi, je ne parle jamais français ici.) Les parents du mari de ma fille ont émigré des Indes, et lui aussi poussent les enfants, mes petits-enfants – à 7, 5 et 2 ans ils font du « soccer » (football) jouent dans des matches d’échec, parlent Chinois, Espagnol et maintenant une autre française, de la Nouvelle Calédonie, vient d’arriver – peut-être ils apprendront un peu de français… (et j’espère qu’elle va rester !)
    Mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’une fois aux E-U, les enfants veulent faire comme leurs camarades, et ils perdront leur culture française, la culture américaine sera plus dominante. D’ailleurs j’ai lu des blogs d’américaines expat en France, et cela arrive à leurs enfants, qui deviennent plus français qu’américains.

  • Très intéressant ton article. Je n’en suis pas encore là pour toutes les étapes.
    Ma fille de 6 ans apprend à lire. J’adore sa façon d’écrire, qui n’est pas en cursive ! Mais ça, vraiment, même en tant qu’instit, ça ne me gêne pas. Je suis curieuse de voir ton article sur la lecture.
    Et mon fils de 9 a remis son short avec plaisir de une ou deux semaines, malgré des températures à mon avis bien trop basses… mais moi aussi je m’habitue. Maintenant quand il fait 8°, j’ai trop chaud et j’ai l’impression que c’est déjà l’été !!

    Sinon, pas pressée de me poser les questions sur le permis, les universités… bon courage pour ta suite !

  • Bel article…..C’ est ce qui me fait peur si j’ ai des enfanst un jour aux US..et je ne crois pas que je veux les voir grandir ici car je n’ adhere assez a pas la culture….et j’ aurais aussi peur apres de les perdre…..de les/me sentir trop etranger…bizarre comme sentiment…
    Ce qui me rend dingue,aussi , c’ est le prix des universites…..Pour ca, la France, y’ a pas mieux…..

    • et oui, il y a beaucoup de choses auquel on n’adhere pas .. il faut essayer de leur faire entendre raison parfois quand même .. leur montrer que ils peuvent avoir une différence et l’assumer .. pas toujours facile … ah oui, les universités … je vais en parler ..

  • Alala encore un super article. J’ai hâte d’en savoir plus sur le choix des facs de votre grande! Sarah, les décolletés à 15 ans malheureusement y en a beaucoup en France ici aussi…
    C’est vrai que moi qui ait été expatriée célibataire , je n’ai pas eu toutes ces questions à me poser. Evidemment on rêve d’y répartir avec nos 3 enfants et là mon côté « j’idéalise » me fait occulter tout ce pan qui ma foi est pour certaines choses est un peu angoissant: cette idée d’être des parents à la « rame », ces histoires de voiture et le décalage qu’il en découle pour ses enfants par rapport aux américains…perturbant comme post…utile mais…perturbant!

  • ahahah la lecture! ma fille a appris a lire en anglais, et apres avoir passé un an en Nouvelle Zelande, nous sommes rentrés en France. Elle a repris l’ecole en CE1 et un an et demi apres notre retour, elle préfère toujours lire en anglais.
    On repart en Nouvelle Zelande, mes filles sont ravies, moi je m’inquiete un peu pour leur culture francaise: au bout d’un an, mes filles se sentaient deja néozelandaises, alors comment ca va etre dans 4 ans….

  • que dire ?? j’adhère a 200% meme si les miens sont évidemment bien plus jeunes que tes grandes. …je suis touchée a chaque fois que tu écris sur ce type de sujet…j’ai l’impression que tu lis dans mes pensées… au bout du bout je me dis que l’essentiel est
    – d’être nous meme en tant que parents bien intègres ( sans gommer les hésitations… tout le monde en a et on n’est pas censés tout connaitre)…de façon a ce que nos enfants ne se trouvent pas decallage face a leurs amis, l’école les activités pour lesquels ils passent beaucoup de temps et d’énergie.
    – de garder une famille unie pour qu’ils comprennent ce qui leur arrive et qu’ils grandissent, quelle que soit la culture prédominante, avec des repères.
    – peut être si on en a la possibilité, de leur garder un « pied a terre » dans leur pays d’origine…dans lequel nous pouvons revenir régulièrement (oui je sais cela peut paraitre présomptueux)
    ….tous les enfants expat ou pas ont besoin de s’enraciner et de pouvoir dire autre chose que  » je suis a l’hôpital de….. ».

    un grand merci en tous cas, bises,
    O

  • Cet article m’a bien travaillée et perturbée … tout ce que tu n’avais pas prévu, Isabelle, j’en ai conscience pour mes filles, grâce à toi et aux différents blogs que je lis. Je n’ai pas encore accepté de mettre une croix dessus et c’est un gros problème dans ma tête depuis que nous sommes arrivés aux États-Unis… On verra bien quels choix on fera d’ici 3-4 ans par rapport à tous ces sacrifices et bénéfices.

  • Votre article me parle énormément! J’ai ressenti la même impuissance en France face à ma fille et rebelotte à Toronto ou je vis. Je réalise qu’elle ne sera jamais vraiment Togolaisee mais comme vous dites, baigner dans un milieu multiculturel, c’est une force 🙂

  • Quel article. On n’imagine pas, parfois, toutes les conséquences de la différence culturelle, encore plus lorsque l’on doit la gérer à l’égard des ses enfants. En tout cas, cet article donne une entrée sur le système américain et je n’imagine pas à quel point le décalage doit être dur à gérer en tant que parents. Je sais que, lorsque j’aurai des enfants, j’aurai à faire face au système scolaire japonais, et cela m’effraie un peu, tant il est différent … D’un autre côté, je me dis que, en tenant la barque comme on peut, on peut transmettre beaucoup aux enfants, entre sa culture d’origine et la culture locale, et ça ne peut que l’enrichir ! Merci pour cet article !

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