Les amitiés en expatriation …

Vivre loin de son pays, sans famille, en expatriation, est souvent synonyme d’amitiés intenses, de découvertes, mais aussi de séparations.

Arrivée à Kansas City, je ne connaissais personne.. pas un nom, pas une adresse. Deux ans et demi après, j’ai des amies, des très bonnes amies, des copines, des connaissances… françaises, francophones, américaines, anglaises et canadiennes… Mais en deux ans et demi, j’ai déjà vu repartir deux très bonnes amies : des amitiés intenses qui se sont développées au fil des mois et qui brusquement se sont interrompues : on le sait, c’est comme cela, mais c’est toujours difficile à vivre.

Les uns rentrent, les autres continuent leur chemin d’expatriés.

On a fêté la semaine dernière le départ de grands amis. C’est dur pour eux, c’est dur pour nous aussi qui restons, c’est comme cela. Ils repartent très loin … on ne les reverra pas de si tôt .. peut-être arriverons nous à nous croiser en France.

Les amitiés en expatriation, c’est improbable, c’est soudain, c’est par hasard, c’est intense et parfois c’est éphémère, c’est comme cela.. à croire, qu’arrivant dans un endroit inconnu, seuls, vierges de toutes amitiés, de tous contacts, on arrive à tisser des liens qui deviennent intenses rapidement.

Les amitiés en expatriation, c’est aussi parfois, improbable : on se lie avec des gens qu’on aurait même pas rencontrés en temps normal : ils évolueraient dans d’autres cercles. Ils n’ont pas forcément le même âge, les mêmes centres d’intérêts.

En d’autres temps, on ne les aurait même pas croisés, même pas regardés.
Là, on se rencontre, on se choisit, on s’apprécie : on découvre le pays ensemble, on a les mêmes galères au début, les mêmes questions, le même choc culturel. On s’enrichie de nos différences.

Et parfois, ces liens ont été si intenses qu’on arrive à garder le contact au delà des mers et au delà des années. Nous avons gardé le contact avec des amis rencontrés au Maroc, à Taiwan, en Californie.

C’est toujours un pincement au coeur pour celui qui s’en va : à Taiwan, j’ai laissé de nombreuses amitiés, encore plus en Californie.

Mais à chaque fois, ça l’est aussi pour celui-qui reste… en 2 ans et demi, j’ai déjà vu repartir plus de 6 couples … des amitiés trop courtes … d’autres arrivent, c’est un peu comme une relève, et le cycle continue…

Certains, ceux qui sont là depuis des années et qui resteront malgré tout, ne veulent plus s’engager dans des amitiés : trop dur de voir cette valse, trop difficile de s’engager pour une durée limitée d’avance. Après la vie continue pour chacun de son côté.. On arrive à maintenir cette amitié avec certains. .. il reste toujours cette complicité.. ce lien, ce point commun.
Parfois, ce fil se casse : l’amitié s’estompe, elle ne résiste pas … comme si ce qui nous avait tant unis, n’existait plus. Parfois même, elle casse complètement, brutalement. Le charme est rompu, l’amitié a disparu.

Les amitiés en expatriation, c’est un peu une valse, mais au final, c’est intense .. c’est enrichissant, mais c’est éphémère. Il faut savoir les saisir au vol pour ne pas passer à côté… il faut aussi savoir apprécier tous ces moments uniques. Ils sont précieux en expatriation.

les oiseaux de mon jardin

Les amitiés en expatriation, ça part, ça vient.. c’est incertain, c’est tout terrain, c’est soudain, c’est lointain, mais c’est aussi ce qui nous fait nous sentir bien, dans un endroit que nous devons apprivoiser au fil des mois.

Article écrit en 2014 : après 6 ans de séjour ici, je ne peux que confirmer ce que j’avais écrit alors. Et il est de plus en plus dur de se lier avec ceux qui ne sont que de passage. Les difficultés de la vie quotidienne accentuent en plus ce sentiment. Une chose est d’être expat et de savoir que ton séjour est limité, une autre est d’être installée, et d’avoir à vivre un quotidien qui désormais ne peut plus être changé par mutation.

49 Comments

  • Très beau texte. Ce n’est pas toujours facile la vie d’expatriés ! Et puis il y a aussi tous ces moments que l’on ne vit pas avec ceux qui nous sont chers et qui sont restés en France.

  • Je suis expat en Afrique .. et je comprends tout à fait ce sentiment !! Nos amis deviennent notre famille et tout le monde finit par partir petit à petit. Même si de nouvelles têtes font toujours leur entrée… le pincement au cœur reste !!
    cyn-travels.blogspot.com/

  • Merci Isabelle pour ce merveilleux article. Un des plus beaux je trouve !
    Ca ne doit pas être facile tous les jours de voir des belles amitiés partir et donc de devoir recommencer tout depuis le début. Mais tout cela te fait surement devenir plus forte !

  • Très vrai Isabelle, j’aime beaucoup ce billet et les photos des oiseaux pour l’illustrer. C’est tout à fait ça les amitiés en expatriation, et nous avons la chance aujourd’hui que ça puisse se prolonger grâce à Facebook notamment qui permet de garder le fil avec les plus chers. ça permet aussi de reprendre la conversation là où on l’avait laissé la prochaine fois qu’on se verra en évoquant la graduation de l’aîné, le dernier voyage, etc. Rien de plus précieux que ces retrouvailles en France quand elles sont possibles.

    • Merci Priscille, j’ai cherché comment je pouvait illustrer cet article .. Je me suis dit que mes petits oiseaux seraient bien : pour une fois que j’en avais plusieurs ensemble.

  • c´est vrai que j´ai vu partir pas mal de monde moi aussi mais je garde contact avec certaines personnes, et puis elles sont moins loin, psychologiquement c´est moi « on se reverra jamais alors à quoi bon »

    • oui, on garde le contact un peu comme on peut .. entre facebook, les mails et le reste .. mais chacun retrouve aussi son quotidien à gérer .. le temps manque parfois ..

  • Tout à fait d’accord avec le fait qu’on se lie avec des gens qu’on aurait pas côtoyer en France! Pour mon expatriation aux usa, je me suis liée avec une fille à l’opposée de moi. Elle est aussi athée que moi catholique,. elle était dans son époque musique rap et moi musique pour midinette, elle s’habillait sportswear et moi fifille. Elle avait eu une éducation aussi libérale que moi rigoureuse…bref l’opposée et pourtant! 10 ans après notre retour des USA, on est encore amis car ce que nous avons vécu là-bas nous a lié à jamais (enfin j’espère!) …

  • C’est tout à fait vrai ! Les vas-et-vient d’une vie stable dans l’instabilité ! En arrivant dans une nouvelle ville pour y habiter (c’était ma troisième journée sur place) j’ai étais invitée à une fête de départ ! C’était le comble de la contradiction 🙂 (je vais en parler un jour je crois…)

    En tout cas, très bon billet !

    Bon week-end !

    • merci beaucoup .. c’est un peu ce qui s’est passé la semaine dernière : des nouveaux venus ont été invité pour un départ … ce qui est plutôt sympa finalement : quand j’étais arrivé à Taiwan, tout le monde parlait d’une fête de départ : je cottoyais toutes ces personnes et pourtant je n’avais pas été invitée .. et c’était assez dur finalement …

  • C’est très beau ! Je ne connais pas l’expatriation… Mais je connais de grandes voyageuses qui lient ce genre d’amitiés aussi fortes que difficiles à maintenir dans le temps à causes des chemins qui s’éloignent après s’être croisés… Je te souhaite encore pleins de belles rencontres qui s’ajoutyeront à celles teintées maintenant de noir et blanc

  • Très juste ce que tu dis. Je n’ai pas encore connu de « séparation » mais comme nous sommes ici temporairement, j’y pense de temps en temps. Ce qui me chagrine en ce moment, ce sont aussi tous ces amis restés en France qui ne donnent pas de nouvelles… amis, en tout cas, je pensais qu’on l’était…alors c’est vrai que Facebook permet de garder un lien, mais pas toujours suffisant quand même.

    • oui, mais cela il faut s’y faire et je comprends tout à fait .. Après, il y a ceux que tu vas retrouver sans problème lors de tes retours en France : ils te diront avoir beaucoup pensé à toi .. c’est comme cela .. ils sont dans leur quotidien .. et semble ne pas comprendre que des nouvelles de temps en temps cela fait du bien parce-que quelque part, on est très seuls en expatriation parfois .. surtout que toi, tu as ton blog et que les nouvelles, ils en ont .. moi aussi après 5 ans, j’ai toujours du mal ..

  • Quel joli article 🙂 Un petit côté poétique que j’adore !
    Je ne me suis jamais expatriée, mais j’imagine que tous les expatriés se reconnaîtront dans tes mots 🙂
    Je suis complètement fan de tes photos. Elles sont superbes !

  • Je vous comprends, je fais partie de ceux qui ont « dû » rentrer en France…. J’ai laissé des amis, mais je ne les oublie pas! J’ai conservé certaines de mes amitiés, certaines sont même plus profondes qu’avant! Elles se sont bonifiées. Mais cela me fait toujours un pincement au cœur lorsque je vois les photos, les soirées entre amis, l’arrivée de petits « nouveaux »!

    • oui, je crois aussi que quand on rentre, on se sent décalée : j’ai déjà vécu cela quand je suis revenue de Taiwan après plus de 3 ans d’expatriation : heureusement, j’étais tombée à Grenoble dans un milieu d’anciens expatriés et on avait les mêmes histoires : du coup, le retour avait été moins difficile …

  • Très bel article. Je suis une ex-expat. Revenue en France il y a 7 ans maintenant, le retour en France a été très dur … car partir de France pour un temps déterminé, on sait que l’on reverra les amis au retour, mais quand on rentre, et que les amis restent dans le pays d’accueil, on n’est pas sur de les revoir beaucoup.

  • ah les amitiés… De loin ma plus grosse claque d’expatriée aux US.
    Par rapport aux amis laissés en France, ce qui nous surprennent par leur présence et soutien, ce qui nous déçoivent par leur silence et leur absence.
    Par rapport aussi aux rencontres aussi incroyables qu’inattendues!
    En tout cas j’ai l’impression que c’est un des plus gros (si non le plus gros) challenges auquel un expatrié doit faire face!

    • le silence des copains laissés en France : oui, ils ne se rendent pas compte de ce que cela pourrait représenter pour ceux qui sont parti .. il ne faut pas leur en vouloir .. c’est comme cela .. on ne les perd pas forcément de vue … après il y a ceux que tu retrouves sans problème malgré les silences et les autres …

  • Très bel article et très vrai… Je pense que c’est toujours plus dur pour ceux qui restent…
    Mais au moins quand on s’est fait des amis étrangers ça fait un pied à terre un peu partout dans le monde 😉

  • Ce billet, très joliment écrit et plein de vérité, m’a permis de découvrir ton joli blog, Isabelle, et j’en suis ravie!
    Expat’ au UK depuis 3 ans, j’ai la chance inouïe d’être près de mes terres natales et de voir très régulièrement, mais toujours trop peu à mon gout, mes amis d’enfance tout en me liant d’amitiés avec des personnes extraordinaires en Angleterre. Cependant, c’est en effet toujours la même tristesse qui nous déchire au moment des départs, et la difficulté parfois de garder le contact lorsque les styles de vies, d’horaires… sont très voire trop différents.
    Personnellement, Facebook, trop impersonnel, ne m’intéresse pas du tout je préfère 1000 fois un appel vidéo Skype pour faire un coucou aux amis lointains.

    • Je crois qu’il faut faire un mixte entre tous ces moyens formidables qui nous sont offerts maintenant .. Oui Skype est génial mais je n’arrive pas à trouver suffisament de temps pour prendre contact.. de mon côté facebook, m’a permis de garder beaucoup de contacts ..

  • Un bien joli texte… Je suis une « petite » expat (bon ok je ne fais que le tour de la France, mais bon hein) et ma foi, c’est à peu près la même chose. On a beau vivre à quelques heures les uns des autres, c’est tout de même trop, et des amitiés sincères qui ont pu se nouer ont disparu. Je comprend ce que tu vis, mais ce doit être follement enrichissant aussi

  • Je me retrouve aussi dans ton billet… Déjà trois ans que je vis à Berlin et j’ai l’impression que mon « entourage » change tous les deux-trois mois… Au final, tout ce qu’il nous reste de ces personnes qu’on a connues (alors qu’on se voyait tous les jours dans le passé) se transforme qu’en souvenir-photos et les amitiés les plus fortes se comptent sur les doigts de la main 🙁 – par contre, je dois avouer que j’ai un peu peur pour ma relation amoureuse avec mon copain berlinois. Très beau texte en tout cas et très touchant!

  • Pour l’avoir vécue en Auvergne c’est vrai que ce genre d’amitiés sont aussi parfois intenses que fugaces… et ce n’est pas plus facile quand c’est toi qui part et qui « laisse » les gens :/

    • exact .. surtout que la vie continue .. j’en sais quelque chose, avec tout le monde que j’ai laissé en Californie et même si j’ai réussi à y retourner quelques fois …

  • Très beau billet. J’ai vécu 2 ans à Djibouti et là ça fait 2 ans que je suis à Dallas, Texas. Donc je me retrouve totalement dans ce que tu viens d’écrire. Bravo.

    • Dallas, c’est là où une de mes très bonnes amies est partie .. ça a le mérite de ne pas être trop loin pour moi et on se téléphone de temps en temps, on s’est même revues.. mais parfois c’est encore plus loin … et Djibouti effectivement c’est pas à côté et surtout c’est pas le même style que Dallas .. merci en tout cas pour ce gentil commentaire …

  • Quelque part ces amities je les trouve plus faciles, simples. Elles sont moins prise de tete, on y reflechit moins. On sait qu’on a pas beaucoup de temps que ce soit 6 mois ou un an. Mais des fois aussi on rencontre des gens qui veulent pas nous laisser notre chance parce qu’on reste trop peu pour eux qui restent plus car je suis un peu persuadee que c’est un peu plus dur pour celui qui reste. Un joli article, l’expatriation et ses aleas mais aussi ses joies, ses rencontres 🙂

    • bn oui, parce qu’on est tous dans le même bateau .. j’ai appris à connaitre des gens que je n’aurais pas rencontré autrement et parfois on fait de très belles découvertes … merci en tout cas c’est sympa …

  • Je suis Libanaise, francophone, expatriée aux USA, et je reconnais si bien, dans votre texte si limpide, si franc, cette incertitude, ce tournis qui accompagne souvent les amitiés qu’on lient a l’étranger. Elles sont inattendues, elles nous prennent souvent par surprise, elles sont précieuses, car on se rend compte du hasard et des détours que cela a pris pour qu’on se rencontre; elles sont parfois délicieuses, parfois juste enjouées; mais elles sont fragiles par leur nature même puisque un si pur hasard les a cousues, et probablement les dénouera… au fil des mois, des années, des nouveaux boulots, des autres chemins a emprunter… des retours parfois inévitables a la case départ. Et avec tout cela, il y a le souvenir confus des amitiés laissées « la-bas », qui nous manquent cruellement, et qui sont irremplaçables…

    • Philadelphia, cela fait six ans. J’ai découvert votre blog récemment et je suis fan! Etre expatriée, c’est aussi s’émerveiller de tout, être curieux et ouvert, et vous le montrez si bien, avec un entrain contagieux. C’est un plaisir de vous lire.

  • L’amitié sur place… en France, c’est aussi une valse finalement…Les amies avec qui on a plus rien à se dire, on a grandi, on ne sait plus de quoi se parler, finalement on a change… A cela, il faut ajouter les amies qu’on apprécie, don’t on a été très proches, puis qui s’éloignent (sans forcément de raison)… Les vraiment bonnes amies… qui se mettent à ignorer les coups de telephone… Alors amitié longue et fade, ou amitié intense mais brève… ? A chaque vie, a chaque cycle son étape…
    Bon courage ^
    Julie

    • c’est vrai mais, en expatriation, il y a le fait que comme on arrive sans connaitre personne, il y a un vrai besoin de contact .. et on sait aussi que c’est pour une durée limité ..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.