Interview de Véronique, volontaire bénévole aux Jeux Olympiques de Sotchi

Comme promis, je vous rapporte l’interview de ma soeur, Véronique qui se trouve en ce moment à Sochi (Sotchi) pour les Jeux Olympiques, en tant que volontaire bénévole.
Pour situer, pour les gens qui arrivent un peu par hasard sur mon blog : je suis française, j’habite au Kansas aux États-Unis mais ma soeur qui habite en Suisse, est partie en tant que bénévole aux JO.
A chaque fois, l’organisation Olympique fait appel à des volontaires pour aider. N’y va pas qui veut et il faut pouvoir payer son billet. Véro a donc pris des congés et est partie là-bas. Mais l’organisation des évènements sportifs ne lui est pas inconnue, puisque c’est son travail. Aujourd’hui elle répond à mes questions après avoir apporté son témoignage dans un précédent article : Ma Petite soeur est aux JO de Sochi.

 

 

Alors pour l’aider à nous raconter ce qu’elle vit, je lui ai posée des questions. Si vous voyez d’autres questions, n’hésitez pas à en mettre dans les commentaires.

Les échos font état d’infrastructures pas terminées, de conditions d’hébergements pas idéales : qu’en est-il pour toi ? 

Alors effectivement, tout ce qui est hébergement a été un peu fini à l’arrache. Apparemment en discutant avec la mère d’un athlète dont le mari était là, l’année dernière pour l’événement pré-olympique, il n’y avait pas beaucoup de bâtiments de construits et il se disait que ce ne serait pas possible d’accueillir les jeux.

 

Un an après, il a été impressionné par tous les logements construits.
Je loge dans des bâtiments neufs, mais qui ne sont pas finis. La baignoire a été posée à la dernière minute, pas de joint, pas de coffre autour pour l’isoler, les sols sont encore plein de poussières, il y a des tuyaux qui dépassent de partout.
Quand je suis arrivée vendredi dans la nuit, je me suis demandée ce que je faisais là.
Et puis en discutant avec d’autres personnes (des journalistes français, un journaliste finlandais), je me suis rendue compte que c’était un peu pareil pour tout le monde.
C’est vieux avant même d’avoir été neuf.
Certains immeubles ne sont pas finis et je me demande s’ils le seront un jour.
On se demande tous également ce que deviendront ces logements après la fin des JO.
Au moment où je réponds à ces questions, on vient frapper à ma porte. Il est minuit 40 (je ne dors pas encore, car arrivée il y a une heure à peine). On me dit que l’on vient réparer le chauffage !!’ Ahaha c’est juste énorme. Un gars vient faire deux trois manips sur les radiateurs de mon appart et repart… Mais j’ai l’impression que ce qu’il a fait n’a servi à rien.

 Comment trouves-tu l’organisation là où tu es ?

Alors au biathlon et ski de fond (je ne parle que de ça, car je ne sais pas comment ça se passe pour le reste et je ne veux pas généraliser), les événements ont l’air de bien se passer.
Le site et les deux stades sont très beaux. Il faudrait demander aux athlètes ce qu’ils pensent de l’organisation des compétitions. Au niveau de l’organisation des tâches des bénévoles c’est un peu plus difficiles.

 

Les deux premiers jours, on a démarré très lentement. 

Nos teams leaders ne savaient pas trop ce qu’on allait faire. Ils étaient tous un peu paumés. Dimanche, on avait rendez-vous à 14h et on a commencé notre shift à 17h30 !
Lundi, c’était beaucoup plus rodé, on n’a pas attendu, tout s’est enchaîné correctement. Je ne comprends pas comment ça a pu être aussi difficile au début alors que ça fait des mois que tout le monde préparait cet événement.
C’est normal qu’il y ait des ajustements à faire en début d’événement, mais que les chefs d’équipe ne connaissent pas leurs missions le jour J, c’est quand même hallucinant.
Parfois j’aimerais pouvoir donner mon avis sur une ou deux choses en terme de gestion des bénévoles, d’organisation, de logistique, mais vu que je ne peux pas m’exprimer, ce n’est pas possible. Alors je garde ces remarques pour moi et je les appliquerai lorsque je gérerai des bénévoles (dans 3 mois pendant le marathon de Genève).

As tu pu assister à plusieurs compétitions ? 

Pour l’instant pas trop.
Le 1er jour, j’ai eu la chance d’être dans les tribunes pour placer les gens pour le 10km sprint biathlon hommes. Du coup, j’étais au cœur de la course et j’ai pu suivre tout en plaçant les gens. J’étais à côté de la ligne d’arrivée, donc j’ai vu tous les coureurs arriver. Le Top !

 

 

Le 2ème jour, j’ai pu voir un petit bout du 30km ski de fond hommes sur le bord de la piste. On attendait de savoir ce qu’on allait faire, donc quitte à attendre, autant attendre en regardant une course. C’est marrant parce que mon équipe est moins à fond que moi et très peu m’ont suivi pour voir la course (à 10m de l’endroit où l’on attendait).

 

Aujourd’hui, j’étais plus loin du stade pour la poursuite hommes de biathlon. J’ai suivi le début sur écran dans la tente repas des bénévoles à quelques mètres du stade et j’ai du repartir prendre mon poste, c’était assez frustrant d’entendre tout le monde encourager les coureurs et de ne pas savoir ce qui se passait. C’est un copain qui suivait de France qui m’a tenu au courant de la fin de la course par texto.

 

 

 

 

 

Mes journées sont bien remplies donc les seules compétitions que je peux espérer voir, ce sont celles de ski de fond et de biathlon. Après, quand je serai off, je verrai s’il n’y a pas une compétition intéressante à aller voir.

Mais bien sûr, ça dépendra de la disponibilité et surtout du prix des billets. En même temps, vu le peu de monde qu’il y avait aujourd’hui au biathlon, ils feraient bien de vendre des places moins chères aux bénévoles.
La semaine prochaine, je bosserai le matin, donc je vais pouvoir assister à toutes les épreuves de biathlon et ça, c’est quand même juste énorme.
J’ai hâte !

Comment as-tu trouvé la cérémonie d’ouverture ? 

Alors bien évidemment je n’y étais pas. Il fallait des billets ou des invitations pour y assister.
Je l’ai regardée avec toute une équipe du centre de biathlon et ski de fond, dans une des salles du site.
C’était bien évidemment en russe, donc je n’ai pas tout compris, mais ce n’était quand même pas trop dur à suivre.

 

 

Les russes se sont tous levés au moment de l’hymne russe et ont tous chanté de bon coeur.
Et donc pour répondre à la question, j’ai beaucoup aimé la cérémonie d’ouverture. Il y avait plein de jolies tableaux. Au niveau artistique, c’était très chouette.
Je l’ai préférée à celle de Londres 2012.

Au niveau sécurité : trouves tu qu’elle est très présente, te sens tu en danger ? 

Je ne me sens absolument pas en danger, mais la sécurité est très très présente.
Il y a d’abord les policiers russes, les membres de la sécurité de l’événement en tenue officielle (tenue dans les tons de violet, beaucoup plus jolies que les nôtres) et d’autres personnes en civil faisant aussi partie de la sécurité. Ils sont partout.
Dans les tribunes le 1er jour, dans l’allée dont j’étais en charge (une vingtaine de rangées) il y avait 3 mecs de la sécurité en civil, plus deux gars Sochi 2014 en bas de la tribune.
Le dispositif est assez impressionnant en fait, mais ça ne plombe pas du tout l’ambiance. Ils sont là, ils surveillent, ils font leur job. Et nous, on les oublie. Ils font partie du décor.
Ensuite, il y a des contrôles pour rentrer dans chaque gare. Les gares sont entourées de hautes barrières vertes et il y a des check-points à plusieurs endroits avec le même dispositif que dans les aéroports plus une fouille au corps systématique.
La même chose pour rentrer sur chaque site des JO. Le long de la voie ferrée, on peut également voir des policiers postés tous les 20m.
Le long des pistes de ski de fond il y a des gars de la sécurité Sochi 2014 tous les 20m.
Au village des bénévoles, il y a aussi des gars de la sécurité…

Es-tu libre de parler ?

Ah oui bien sûr. J’ai même le droit de crier haut et fort que je supporte les français.
Après bien évidemment je ne vais pas trop m’amuser à critiquer Poutine car je ne sais pas trop dans quelle voie je m’engage en faisant ça. Mais à vrai dire je n’ai pas eu trop l’occasion de le faire jusqu’à présent.
Hier soir, j’ai discuté avec un spectateur russe qui m’a demandé ce que je pensais de Hollande. Je lui ai donné mon point de vue et je lui ai retourné la question au sujet de Poutine.

Sa réponse : pour sa politique extérieure : “he is simply the best” mais pour sa politique intérieure, il ne fait pas que du bien à la Russie. Je l’ai écouté, mais je n’ai pas rebondi à ses propos. Pas envie de rentrer dans ce genre de discussion.

 

As-tu rencontré des athlètes ? 

Alors des athlètes, j’en croise sur le site de biathlon et de ski de fond, mais parfois, je les croise sans savoir que ce sont des athlètes.
Ce soir, j’ai croisé Adrien Théaux (équipe de France de ski alpin) et d’autres membres de l’équipe de France de ski alpin venus voir l’épreuve de Biathlon. Ça a porté chance aux français qui ont fait Or et Bronze sur cette épreuve (Martin Fourcade et Jean-Guillaume Béatrix) !
J’ai aussi eu la chance de croiser 2 anciens champions olympiques qui sont consultants pour France Télévision.
Et comme il n’y a pas tant de français que ça, c’est toujours plus facile d’entamer la discussion.
En revanche, je n’arrête pas de croiser les parents des athlètes.
Dimanche, le père et l’oncle de Jean-Marc Gaillard (skieur de fond français),
Lundi matin, la mère de Patrick Deneen (skieur de bosses américain) et ce soir les parents de Emil Svendsen (biathlète norvégien).
J’ai un peu l’impression que les seuls spectateurs étrangers sont en fait les parents des athlètes !  (sauf les Norvégiens !)

 

 

 

 

As tu rencontré d’autres français qui sont comme toi, des volontaires ? 

Pour l’instant je n’ai pas rencontré beaucoup de français. J’ai entendu une bénévole française l’autre jour, mais c’était juste en passant, je ne me suis pas arrêtée.
J’ai rencontré des bénévoles anglais, américains, canadiens…

As tu pu sympathiser avec des gens ? 

Oui. C’est très facile d’échanger avec des gens. Tout le monde sourit, tout le monde a envie de discuter. Les russes avec qui je travaille sont adorables.
Certains parlent un peu anglais, donc on peut échanger.
D’autres ne parlent quasiment pas anglais donc c’est plus dur, mais on arrive à communiquer un peu quand même avec les mains, avec trois mots.
Tous les russes de mon équipe me chouchoutent. Une des filles, Ivetta me garde toujours une place dans le bus retour et ne veut pas qu’une autre personne qu’elle s’assoit à côté de moi. Super chou !
Ensuite, dès que j’entends parler français ou que je vois le drapeau français, je dis un grand bonjour.
Tout à l’heure j’ai discuté avec un des techniciens des fondeurs français, ce matin on a passé une heure à discuter dans le train avec la mère du skieur de bosse américain.
C’est vraiment très facile d’échanger, de discuter… Comme quasi tout le monde parle russe, quand on entend du français ou de l’anglais, on entame une discussion. (Véro a aussi rencontré une volontaire qui venait du Kansas : voir dans l’article précédent).
Sinon, le moral, ça va.

Un énorme merci à ma petite soeur, Véro, qui nous fait vivre son aventure olympique.  A bientôt

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