Une rencontre au pays des Amish du Missouri

A une heure trente au nord de Kansas City, en route vers l’Iowa, ce petit coin de pays se mérite. Jamesport est au Missouri, un peu à l’écart. Là, 150 familles Amish ont élu domicile : ils vivent de l’agriculture, de leurs productions (produits de la fermes, petits commerces) et de leur artisanat : voici une rencontre au pays des Amish du Missouri.
Rappelez-vous, j’y étais allée en mai dernier et je vous avais racontés cette étonnante découverte dans un article : “Step back in Time“. J’y suis retournée la semaine dernière avec mes parents en visite. Le temps était maussade et il faisait assez frais.
Arrivée à Jamesport, nous commençons notre petit voyage initiatique en prenant les chemins de traverses, à travers la campagne, les routes ne sont pas goudronnées. Nous tombons sur des petites fermes, des petits commerces, une petite fromagerie, où nous dégustons un large éventail de fromages, faits maison.
 Ensuite, dans une grande maison transformée en magasin, nous tombons sur une très belle collection de patchworks : des heures de travail à la main, couvres lits, napperons … le choix est large, au milieu des livres pieux et des meubles en bois faits à la main.

Les paysages sont ruraux.

et au fil de notre route, nous tombons sur une petite ferme : Graber Farm. 

Un large hangars sert de magasin où sont vendus des cartes, des livres et des petits objets décoratifs, faits main.
Une jeune fille est derrière le comptoir. Elle a un foulard qui lui sert de coiffe, une robe jusqu’au pied. Elle nous accueille avec le sourire et se présente, elle s’appelle Laura. Elle nous demande rapidement d’où nous venons, la conversation s’engage. Je lui pose des questions, elle me répond..
Elle me raconte qu’elle est arrivée dans cette ferme, il y a peu, avec sa mère. Ils venaient d’Ohio. Elle est la dernière de 9 enfants, elle a 17 ans. Elle me dit que la vie est dure ici car contrairement à l’Ohio, ici il n’y a pas d’électricité.
Ils sont venus jusque là pour trouver une solution pour un de ses frères qui est gravement malade : il a une tumeur. Et tout naturellement, elle nous invite à venir découvrir son petit monde. Il faut dire, qu’elle y est habituée puisqu’ils font faire des tours aux rares touristes de passages.
Elle nous entraîne à l’intérieur de sa maison. Je me sens un peu gênée car, sortent de derrière un mur, trois autres femmes qui disparaissent aussitôt.
De ce moment, je ne prendrai pas de photos, par pudeur et par respect pour eux. 
Laura nous montre le plus naturellement du monde le rez de chaussé de sa maison : les machines à laver qui marchent à la force de l’eau et des mains, l’essoreuse qui comme une presse étire le linge qui va ensuite sécher dehors.
Elle nous allume une lampe fonctionnant au gaz. Elle explique, oui, c’est dur de vivre dans ces contrées car il y fait très froid l’hiver et très chaud l’été : pas d’air conditionné et quand la température frise les 43°C, l’été, il n’y a que les murs épais qui les tiennent dans une relative fraîcheur. Au printemps, il faut se méfier des tornades : elle nous montre alors l’endroit le plus “creepy” de sa maison (elle emploie ce terme qui veut dire effrayant), une cave où sont entreposées les conserves que les femmes confectionnent tout au long de l’année. Elle nous dit que là se trouve leur garde-mangé et leur abri anti-tornade.
Heureusement, un poêle réchauffe toute la maison. Elle nous montre ensuite fièrement son frigidaire à gaz qui leur permet de garder les aliments au frais. Elle a cette question étonnante quand elle nous demande si nous savons ce qu’est de l’Apple Sauce (compote de pommes), je ne peux m’empêcher de lui répondre que nous savons cuisiner et que nous faisons aussi parfois des confitures. Elle en est très étonnée.
A côté de la ferme, sèchent les robes (chose très inhabituelle aux US, où tout passe au sèche-linge), on voit un grand champ qui leur sert de potagers. Ils ont des poules et elle m’expliquent qu’ils font des échanges avec leurs voisins : ils échangent ainsi des oeufs contre le lait des vaches voisines.
Dans la cours, jouent deux petits enfants. Ils jouent dans une langue germanique. Laura nous explique qu’entre eux, ils parlent un dialecte de Suisse allemande, le pays d’où est parti leur famille, il y a de cela plus d’un siècle. Ils ont gardé la langue. Ils n’apprennent l’anglais que quand ils entrent à l’école, des écoles spéciales pour eux : elle commence à 6 ans et se termine à 14 ans, l’équivalent de la 4ème.
Ensuite, au début de leur vie adulte, ils sont amenés à faire un choix : rester ou non dans l’Eglise des Amish : entendre par Eglise : communauté. Souvent, ils sont envoyés dans le monde réel pour prendre leur décision.
Laura nous explique qu’elle n’a pas encore pris sa décision mais elle est attirée par le monde en dehors de sa communauté. Elle me déclare avec un sourire entendu, qu’elle brave déjà un peu les interdits : elle a son propre téléphone portable. Elle travaille en effet au village dans un magasin et gagne son propre argent. Sa mère n’est pas très heureuse de ce choix mais le respecte.
Elle m’explique qu’ils se réunissent tous les dimanches dans l’une de leur maison pour y célébrer leur culte. Ils n’ont pas de lieu de culte à proprement parlé. Mais, leur mode de vie repose sur une foi très profonde et très fondamentaliste, mais là encore, il leur est laissé la liberté de quitter l’Eglise en quittant aussi ce mode de vie. Elle me déclare alors qu’un de ses frères a choisi de quitter l’Eglise justement … il est parti et vit … à Jamesport, pas trop loin, mais chez lui, il doit bien avoir adopté un peu des habitudes américaines.
Elle nous amène ensuite dans leur grange, où sont garés plusieurs buggys. Les petites charrettes qui leur servent de voiture. Il lui faut une bonne heure, entre le moment, où elle attelle les chevaux et le moment où elle arrive au village. Si ils ont une urgence, ils appellent un chauffeur. Au milieu de la cour, trône une petite cahute, c’est le téléphone. Ils s’en servent rarement, mais un peu quand même pour prendre les réservations de tours.
Voilà, et à la fin, je lui demande si elle va de temps en temps à la Ville, elle me répond : “oui, oui, j’y travaille…” La ville est bien sur Jamesport… son univers s’arrête là.
De cette visite, j’ai retenu la grande simplicité de cette jeune fille et la gentillesse avec laquelle, elle m’a ouvert à son monde.
Nous n’avons pas visité le haut de la maison, et à vrai dire, je ne le souhaitais pas.
J’avais mon appareil photo autours du coup, mais comme je vous l’ai dit, je n’ai pas pris de photos, ni de l’intérieur, ni de Laura. Je lui ai juste demandé si je pouvais photographier sa ferme avec son pauvre chien devant : celui-ci, Skipper, présenté comme le maitre de la ferme, évoluait en courant sur trois pattes : résultat d’une confrontation avec un cheval.
J’ai trouvé Laura fine et intelligente. Elle a l’âge de ma grande et un fossé les sépare. Leur avenir ne sera pas le même assurément.

21 Comments

    • yes … je trouvais cela surréaliste comme comparaison, mais je n’ai pas pu m’en empecher .. c’st surtout le fait, que même si elle semble curieuse, elle sera toujours en marge : avec surtout une éducation qui se sera terminé à 14 ans .. mais où est le mieux ? une vie dépouillée de superflu mais un peu dans l’ignorance ou e contraire ? juste un juste milieu à trouver …

  • Bonjour, comme vous, mais en Pennsylvanie, j’ai rencontré des Amish car mon gendre voulait acheter un rocking-chair. Nous avons été dans plusieurs boutiques et dans une ferme. Partout, ils ont été très aimables. J’avais l’impression d’être au 19ème siècle. Merci pour votre blog, j’aime beaucoup vos articles. Bonne journée

  • Impressionnante visite. J’ai toujours l’impression que les Amish vivent une vie parallèle à celle des autres américains. La notion même d’accepter de vivre sans électricité me dépasse, j’avoue.
    Ta phrase où tu compares l’âge de la jeune fille à la tienne m’a donné des frissons. Merci pour cette balade <3

  • Merci pour ce bel article. 🙂 Je suis ravie d’en connaître un peu plus sur eux, leur vie me fascine, je ne sais pas pourquoi. Je suis ravie de voir qu’ils restent ouverts et qu’ils ont le choix de décider de leur vie, car ce n’est pas le cas dans toutes les communautés malheureusement…

  • Oui oui j’attendais un article sur cette communauté un peu particulière. Mais sommes toutes si ils sont heureux que demandez de plus ? Le sont-ils vraiment ça c’est un peu déplacé que d’y répondre …
    Mais j’avoue que ton article est passionnant et nous pousse à nous poser de nombreuses questions.
    C’est incroyable.

  • Quel article intéressant!
    Près de chez moi (Waterford, Irlande) entre la ville et la mer vit une communauté Amish…
    ils ont repris un petit commerce et les hommes fabriquent des meubles, les femmes font des gâteaux et confitures qu’elles vendent sur les marchés locaux. On les reconnaît facilement grâce à leurs vêtements. Par contre ils conduisent, utilisent un ordinateur (strictement pour les affaires, et pour l’information) et font leurs courses au supermarché. Je dois dire que c’est un peu bizarre de voir une très petite fille avec ce petit voile blanc que les femmes Amish portent.
    Voici un article sur leur communauté:http://www.independent.ie/lifestyle/unique-irish-community-the-amish-of-dunmore-east-26794029.html

  • Ah ah…definitivement il n’y a pas si loin de l’Ohio au Kansas ! ….la derniere fois que je suis allee, je suis rentree dans la magasin de tissus et mercerie, mais elles etaient tellement nombreuses et j’etais tellement toute seule, que je m’en suis sentie mal. Pourtant, j’aurais bien aime discuter avec elles de leurs choix de tissus , de leurs façon de faire. c’est bien que tu ais reussi a aller un peu plus loin en partageant un peu avec elle…. Certes cela fait peur de voir cette jeune fille et ta fille au meme endroit, au meme moment….merci en tous cas, je vais partager ton article encore une fois ! Odile

  • C’est fascinant. Leur mode de vie me surprend toujours. Mais leurs enfants ont ils vraiment le choix? En arrêtant l’école à 14 ans, que peuvent ils faire en dehors de leur communauté? Les photos sont magnifiques en ou cas, très peacefull

  • Super article qui nous a permis d’en apprendre plus sur cette communauté intrigante que nous aimerions beaucoup rencontrée. Merci pour ton témoignage.

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