The Help, le Mississippi et l’abolition de l’esclavage !

Jackson, Mississippi, vous connaissez ??

I do … J’ai traversé la ville le premier janvier sous des trombes d’eau, pour aller de New-Orleans à Memphis, Tennessee : c’est au croisement de la 20 et de la 55, comme cela en plein Mississippi.. dans les plaines du sud, au pays des tornades… l’été, la chaleur y est suffocante et le moindre orage fait craindre aux habitants, la formation de vents tourbillonnants, dégénérant en tornade.

Je n’ai pas vraiment, vu à quoi ressemblait cette ville : nous l’avons traversé sur la 55, une autoroute qui va du nord au sud, mais il ne m’est pas difficile de l’imaginer : à l’allée c’est dans la Louisiane, l’état voisin, que nous avons vu à quoi ressemblait une petite ville moyenne d’un état du sud. 

En venant de Little Rock, Arkansas, où nous avions dormi, nous sommes arrivés par les petites routes du nord et nous avons cherché sur plus de 100km un endroit pour manger.
Les villages semblaient presque irréels et c’est en arrivant du côté de la route 20, à Tallulah, que nous avons pu, entre deux stations services, trouver de quoi nous restaurer. Les quartiers traversés étaient criant de pauvreté : de nombreuses personnes de couleurs étaient assises en groupe sans réelle activité au milieu de petites cahuttes en bois blancs. Nous avions été surpris de voir qu’à Tallulah, il y avait aussi de luxueuses anciennes plantations, signe d’une splendeur passée mais aussi des églises flambant neuves de la convention des baptistes du sud et autres mouvements.
Voilà, le sud est tout en contraste oscillant entre beauté des plantations et pauvreté, vestige d’une histoire qui ne s’est pas vraiment arrêtée à l’abolition de l’esclavage…
En devenant libre, ils sont surtout devenus pauvres. En devenant libres, ils se sont retrouvés relégués tous ensemble dans les quartiers, les plus insalubres.. et ensuite, la ségrégation, ces lois votées dans les années 60, a fait le reste. Il existe souvent deux villes qui se touchent sans se côtoyer c’est ce qui est arrivé à Jackson, où la population blanche est allée habiter dans une ville voisine Brandon et a laissé le reste au plus démunis.
Au Mississippi, on vote ultra-conservateur, pas étonnant non ?? Le candidat, Rick Santorum, candidat au primaire du partie républicain au élection présidentielle, avait remporté l’état du Mississippi. On vote donc ultra-conservateur, et on va à l’église tous les dimanches : Dieu y a réponse à tout et c’est tout naturellement qu’au Mississippi, 46% des personnes interrogées déclarent qu’une personne de couleur ne devrait pas se marier avec une personne d’une autre couleur. D’ailleurs cette année, un pasteur a refusé de célébrer un mariage mixte.
By the way, saviez vous que le Mississippi venait à peine d’abolir l’esclavage ???
Non, ce n’est pas une blague, c’est vrai. A la fin de la guerre de sécession, ils avaient dans un premier temps refusé de signer l’amendement (le 13ème) à la constitution, abolissant l’esclavage… plusieurs états étaient dans ce cas-là mais avaient par la suite, fini par signer et régulariser leur situation … sauf le Mississippi, qui avait … oublié … oublié … et c’est en regardant le film Lincoln qu’un professeur d’université s’est interessé à l’histoire de la ratification de l’esclavage et il s’est rendu compte, que le Mississippi n’avait rien signé du tout : de fil en aiguille, un papier retrouvé et envoyé à Washington, le Mississipi a enfin abolit l’esclavage en février 2013 et c’est désormais marqué dans sa constitution : ça parait irréel, non ???
En écrivant toutes ces lignes, je ne peux m’empêcher de rapprocher tout cela avec ma ville actuelle d’adoption : Kansas City : l’histoire y a été moins rude mais on retrouve dans la ville des zones dramatiquement pauvres et habités à 80% par des african Americans : c’est dans des quartiers, où l’on ne va jamais et à vrai dire, on nous dit tout de suite de ne pas les traverser … sauf quand on ne le sait pas : le zoo est de l’autre côté de la ville, mais pour y aller, il nous faut prendre un périphérique pour contourner véritablement la ville. Une fois, ne sachant pas cela, j’ai préféré traverser tout droit … le quartier traversé ressemblait vraiment à ce que je vous ai décrit : des maisons, plus ou moins délabrées, des voitures défoncées… les jardins en friches … et en deux rues, j’étais repassée du bon côté : le contraste se fait parfois d’une rue à l’autre : Oui, la ségrégations n’étaient pas un fait mais c’est toujours une sorte de réalité, dans le sud mais aussi, ici dans le Midwest profond.
Jackson, Mississippi, c’est aussi la ville du film “The Help” ou en français “la couleur des sentiments“.
Je n’avais pas réussi à lire le livre l’an dernier : l’anglais est littéralement en phonétique au début alors lassée, je l’avais laissé tomber. Mais après avoir vu le film, enfin, la semaine dernière, je vais le reprendre pour le finir.

 


L’histoire : cela se passe en 1962, à Jackson MISSISSIPPI (j’adore le dire avec l’accent), ou comment dans cette société tout droit sortie du Moyen-Age, une fille qui a fait des études, donc forcément plus intelligente que ses copines, va essayer de faire bouger les choses avec ses propres moyens : l’écriture et le témoignage.

La petite bourgeoisie locale continue à vivre comme avant en ignorant les droits des gens de couleurs. Et c’est à travers un groupe de jeune femmes et une sombre histoire de toilettes, que l’on voit se dessiner la politique de ségrégation qui marqua cette sombre période dans les états du sud. Une société à deux vitesses.

La société blanche y est décrite comme frivole : les jeunes femmes sorties de l’école, ne pensent qu’à se trouver un mari, et avoir des enfants qu’elles confiront à leur bonne (the help), pour pouvoir continuer à jouer au bridge et inlassablement, de mère en fille, le modèle sera reproduit. Les bonnes sont noires (pardon, il faut dire : african american). Elles vivent dans des quartiers lointains et viennent gagner leur vie en étant bonne à tout faire, et entre autre en s’occupant et bien souvent en choyant les enfants de ces femmes. Et elles en ont des choses à dire de cette petite bourgeoisie de campagne. Derrière les portes closes, l’hypocrisie est force de loi.

Les personnages sont authentiques et attachants. Bien sur, il y a la petite peste de service mais au delà, du lieu de l’action, j’ai été frappée par la similitude avec l’Amérique profonde de maintenant.
La vie s’organise bien souvent entre charités, églises et club de bridge : avec maintenant en plus, les clubs de golf et de gym. Le monde tourne autour de cela : l’église est un lieu de rassemblement et organise la vie de chacun : c’est un monde à la fois complètement collectiviste, puisque le groupe permet l’identification, mais à la fois tellement individualiste, puisque cela n’empêche pas  la réussite de l’individu.
Voilà, je voulais vous faire partager un bout de cette Amérique si souvent oubliée.

Sources :
“Dans le Mississippi, les fractures de l’Amérique profonde”,  Olivier Cyran, avril 2012, Le Monde Diplo : http://www.monde-diplomatique.fr/2012/04/CYRAN/47572
Le “Mississippi abolit enfin l’esclavage grâce au film Lincoln”
http://www.slate.fr/lien/54863/mississippi-abolition-esclavage-film-lincoln

2 Comments

  • J’ai vécu à Jackson, MS pendant 1.5an et je dois dire que ce n’était pas facile. Les gens sont très gentils, qu’ils soient blancs ou noirs mais on peut parfois réellement voir la ségrégation entre les 2. C’est une région très pauvre et Jackson même étant la capitale de l’Etat est une ville où il n’y a pas grand chose à faire. Et la chaleur et l’humidité l’été sont vraiment très difficile à supporter.
    A côté de cela, il y a de belle propriété qui date des années prospères. C’était une expérience pour moi pour cause de travail mais je n’y retournerai pas.

    • Merci pour ce témoignage .. qui reflète vraiment ce que j’ai ressenti aussi en traversant ce sud mais aussi en vivant ici dans le Midwest … je pense que les mentalités ont plus évoluer ici … normal car ici, le Kansas était rentré dans l’Union en tant que non esclavagiste, ce qui lui a valu les foudres du Missouri. Ca n’a pas du être faicle pour toi et je veux bien imaginer …

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