A quoi reconnaît-on que nos enfants ne sont plus vraiment français..

A quel moment, cela bascule ? 
A quel moment, se dit on que nous avons pris une décision qui va irrémédiablement bouleverser et changer notre vie pour toujours. 
A 30 ans, nous étions partis pour Taiwan en contrat d’expatrié avec à la clé un retour assuré, une assurance santé qui couvrait tout, une maison payée et un aller-retour pour la France tous les ans… 3 ans et demi à vivre sur une autre planète  … une langue à apprendre et une culture à découvrir .. Nous étions étrangers et cela se voyait sur notre figure. 
A 40 nous sommes partis pour les Etats-Unis, avec un contrat de semi-expatrié… sans trop de projets définis, ni de réelle promesse de retour.. une demande de green-card et le monde a basculé .. une démission un nouveau départ, cette fois-ci dans l’Amérique plus profonde.. plus d’ancre pour la France : plus de sécu, de retraite et même plus d’impôts à payer. C’était comme rompre les derniers liens matériels qui nous liaient à la France. Comme un deuil à faire de notre propre pays, alors même que nous ne sommes pas américains, juste résidents. Résidents, plus expatriés. D’ailleurs, résidents migrants ? mais finalement expatriés quand même au sens premier du terme. Bref, nous sommes Français de l’étranger.
Et ce statut hybride, à cheval sur deux cultures, pardon, entre deux cultures est devenu comme une revendication. Non, nous ne sommes pas américains… Oui nous sommes français .. de toute façon, comment pourrais je le cacher, dès que j’ouvre la bouche, je suis observée : c’est un petit air de travers, une bouille dédaigneuse ou alors, la remarque comique d’une dame hier : “You speak funny. Where are you from ??”.
La maison est devenue un îlot de résistance où, l’on parle français, où l’on vit à la française et où l’on mange français : d’ailleurs à l’entrée, j’ai mis un panneau : French Quarter. Au diable ceux qui pensent que décidément, je ne m’intègre pas …  je revendique ma culture et ma francophonie : on ne devient pas américain du jour au lendemain, Vaindiou ! 
Ce sont les enfants qui sont le plus confrontés finalement à cette différence de culture et c’est peut-être eux qui sont les plus résiliants.  Plus d’écoles françaises non plus… ils sont donc devenus américains avant l’heure…
A quoi reconnaît-on que nos enfants ne sont plus vraiment français ?

Ce sont des petits détails qui jour après jour s’imposent à nous… C’est comme faire le deuil d’un certain mode de vie pour pouvoir engranger d’autres éléments de sa vie et ainsi élargir son horizon.
  • C’est reconnaître et admettre que, au moins nos deux plus grandes ne passeront jamais le bac de français et le bac français tout court. Il faut donc commencer à regarder les universités aux Etats-Unis et au Canada car elles ne seront jamais acceptées en France sans ce fichu bac, alors même qu’elles préparent le Baccalauréat International et qu’elles sont complètement bilingues.
  • C’est admettre que ses enfants en High School, n’ont pas le temps d’étudier leur français à la maison car ils ont déjà beaucoup trop à faire, mais de voir avec joie qu’elles sont intégrés dans leurs écoles et participent aux activités. 
  • C’est voir jour après jour, la parole de ses enfants s’américaniser : quand l’aînée, confond les faux amis (to assume et assumer …), que le dernier me demande de me traduire en français certains mots appris à l’école, et que la 3ème me fait des phrases avec des constructions à l’américaines.. On corrige, on essaye mais on se rend compte que nous aussi, nous commençons à avoir le cerveau américanisé : cela devient de plus en plus difficile de traduire et certaines expressions n’ont de sens qu’en anglais.
  • C’est le petit dernier qui récite tous les matins en classe, le pledge au drapeau  américain, la main sur le coeur, sans se poser de question ; alors même que ses grandes soeurs ont pris l’option de ne pas le faire, mais de se lever simplement pour marquer leur respect.

Et après avoir fait la somme de tout cela … On se dit, ben oui, nos enfants ont basculé … Ils pensent et respirent américain.

et savez-vous ce qui m’a réellement poussée à écrire ce billet ???

Et bien depuis deux semaines, les températures ont chuté vertigineusement. Les nuits voient des températures négatives. Enfin en degrés celsius car cela aussi, il faut le noter : ma 3ème doit lire les degrés en farhenheit pour comprendre la température qu’il fait.
Et Hier matin, comme tous les jours, j’ai amené à l’école ma 2ème : elle avait une veste en coton, et était en pantacourt et ballerines sans chaussette… et il faisait -8°C dehors .. J’ai eu beau essayer de lui faire entendre raison, je n’ai pas réussi  …
“ben oui quoi ?? Elle reste toute la journée enfermée dans l’école … et il y en a qui sont encore en short alors un pantacourt … c’est bon ! …”
Là, je me suis dit que nous avions atteint le point de non retour ….

Et vous, quel a été votre point de non retour ?

3 Comments

  • J’aime beaucoup cet article. Pour nous, il n’y a pas eu de basculement puisque nos 3 enfants sont nes et ont grandi ici en UK, sans amis francais au quotidien et sans ecole francaise… donc depuis toujours ce sont des vrais petits Brits ! et ca inclue aussi le t-shirt et les chaussettes en plein hiver !!! moi j’ai l’echarpe et le bonnet mais eux n’ont jamais froid !!! 😉

  • Tellement vrai !!!
    Ma p’tite kindergartener récite aussi le “I pledge allegeance” et c’est vraiment là qu’on se rend compte qu’il intègre un autre pays/ une autre culture !

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